Le DSA passe à l'action : ce que la régulation des plateformes change pour vous
Depuis fin 2025, l'Europe ne se contente plus d'écrire des règles pour les réseaux sociaux : elle les fait appliquer. En décembre 2025, la Commission européenne a prononcé sa première amende au titre du règlement sur les services numériques, le DSA, et une vingtaine d'enquêtes visant les plus grandes plateformes sont en cours. Derrière ce vocabulaire technique se cache une idée simple : les grandes plateformes que nous utilisons chaque jour ont désormais des obligations claires, et vous, comme utilisateur, disposez de droits que vous pouvez faire valoir.
Cet article n'a aucune ambition partisane. Il ne s'agit pas de dire si telle plateforme est « bonne » ou « mauvaise », ni de prendre position pour ou contre une entreprise. Notre objectif est pédagogique : vous expliquer ce qu'est le DSA, ce qu'il change concrètement dans votre vie numérique et surtout comment activer, en quelques clics, les nouveaux droits qu'il vous garantit.
Un contenu illicite sous vos yeux : que se passe-t-il désormais ?
Imaginez la scène, sans doute familière. Vous faites défiler votre fil d'actualité un soir de semaine, et vous tombez sur une publication qui vous met mal à l'aise : une arnaque évidente qui promet de doubler votre argent, une image manipulée présentée comme une vraie photo, un message de haine visant une personne ou un groupe, ou encore un contenu qui semble mettre en scène un mineur. Longtemps, le réflexe a été de hausser les épaules : « De toute façon, signaler ne sert à rien, personne ne lit. »
Ce sentiment d'impuissance était en partie fondé. Les procédures de signalement existaient, mais elles étaient souvent opaques, sans retour, sans explication. Vous cliquiez sur « signaler », et le contenu restait en ligne sans que vous sachiez pourquoi. C'est précisément ce point que le règlement européen sur les services numériques est venu changer. Le DSA, entré pleinement en application depuis 2024, part d'un principe de bon sens : ce qui est illégal hors ligne doit aussi être traité comme illégal en ligne, et les plateformes doivent rendre des comptes sur la manière dont elles s'en occupent.
Concrètement, les très grandes plateformes doivent aujourd'hui proposer un mécanisme de signalement clair, facile à trouver et à utiliser. Lorsque vous signalez un contenu, elles doivent en accuser réception et vous informer de la suite donnée. Ce n'est plus un geste dans le vide : c'est le début d'une procédure encadrée, avec des obligations à la clé pour l'entreprise concernée. Le 17 février 2026, à l'occasion du bilan des « deux ans du DSA », la Commission européenne a rappelé que l'objectif central de ce texte est de rendre les espaces en ligne plus sûrs, tout en préservant la liberté d'expression.
Le DSA, qu'est-ce que c'est au juste ?
Le DSA, pour Digital Services Act ou « règlement sur les services numériques », est une loi européenne adoptée pour encadrer la responsabilité des intermédiaires du numérique : réseaux sociaux, places de marché, moteurs de recherche, plateformes de partage de vidéos. Il ne vise pas à censurer les contenus au cas par cas depuis Bruxelles, ce qui serait à la fois impossible et dangereux. Il fixe plutôt des règles de fonctionnement : comment une plateforme doit traiter les signalements, comment elle doit expliquer ses décisions, comment elle doit informer sur la publicité et comment elle doit évaluer les risques qu'elle fait courir à la société.
Le texte distingue les acteurs selon leur taille. Les obligations les plus lourdes pèsent sur ce que l'on appelle les « très grandes plateformes en ligne » et les « très grands moteurs de recherche », c'est-à-dire ceux qui touchent un très large public en Europe. Ces géants doivent notamment analyser chaque année les risques systémiques liés à leurs services — diffusion de contenus illégaux, atteintes aux droits fondamentaux, effets sur la santé mentale ou sur les mineurs — et prendre des mesures pour les réduire. En 2026, la liste de ces très grandes plateformes a d'ailleurs continué d'évoluer : la Commission y a ajouté WhatsApp, désormais soumis à ces exigences renforcées.
L'autre nouveauté majeure, c'est que le DSA est doté de vraies dents. La Commission européenne peut ouvrir des enquêtes, exiger des informations et, si les manquements sont établis, infliger des amendes pouvant atteindre un pourcentage significatif du chiffre d'affaires mondial de l'entreprise. En décembre 2025, elle a franchi une étape symbolique en prononçant sa première amende au titre du DSA, à l'encontre de la plateforme X, pour un montant de 120 millions d'euros. Ce n'est pas un jugement moral sur un réseau plutôt qu'un autre : c'est l'illustration qu'un cadre longtemps théorique devient une réalité qui s'applique.
Des enquêtes en cours : la régulation se met en mouvement
Depuis fin 2025, plusieurs enquêtes ouvertes par la Commission européenne montrent concrètement comment ce cadre se déploie. Elles concernent des services que beaucoup d'entre nous utilisent. La Commission examine par exemple le fonctionnement de X et de son outil d'intelligence artificielle Grok, après la circulation d'images manipulées, ainsi que le rôle des systèmes de recommandation qui décident de ce que chacun voit dans son fil. D'autres procédures visent Snapchat, dans le cadre de la protection des mineurs, ou encore la place de marché Shein, sur la question des produits illégaux et de la transparence.
Il faut ici insister sur un point d'équilibre. Ouvrir une enquête ne signifie pas condamner. Cela signifie que la Commission pose des questions, demande des documents et vérifie si les obligations du DSA sont respectées. Une entreprise mise en cause dispose de garanties, peut s'expliquer et corriger ses pratiques. Nous ne portons ici aucun jugement sur l'issue de ces procédures : nous décrivons un mécanisme qui, pour la première fois, permet à une autorité publique européenne de demander des comptes de manière structurée aux plus grands acteurs du numérique.
Pour le citoyen, ces enquêtes ont une vertu concrète, même à distance. Elles obligent les plateformes à documenter leurs choix : comment fonctionne l'algorithme qui met en avant certaines publications ? Comment sont modérés les contenus haineux ou trompeurs ? Comment les plus jeunes sont-ils protégés ? Ces questions, autrefois enfermées dans les coulisses des entreprises, deviennent des sujets publics, examinés au regard de règles communes.
On peut le voir comme un changement de culture autant que de droit. Jusqu'ici, chaque plateforme décidait seule de ses règles, souvent écrites dans de longues conditions d'utilisation que personne ne lit. Le DSA ne supprime pas la liberté de ces entreprises d'organiser leurs services, mais il fixe un socle commun de transparence et de responsabilité qui vaut pour toutes, quelle que soit leur nationalité, dès lors qu'elles s'adressent au public européen. C'est ce socle partagé qui donne aux règles leur force : une plateforme ne peut plus se contenter de dire « c'est comme ça chez nous ».
Ce que ça change vraiment pour vous : quatre droits à connaître
Au-delà des grandes manœuvres réglementaires, le DSA se traduit par des droits que vous pouvez exercer vous-même, sans être juriste. Il vaut la peine de les connaître, car ils changent la relation que nous entretenons avec les plateformes : nous ne sommes plus seulement des utilisateurs passifs, mais des personnes dotées de recours.
- Le droit de signaler un contenu illicite et d'obtenir une réponse. Les plateformes doivent proposer un outil de signalement accessible et vous tenir informé de la décision prise. Vous n'êtes plus laissé dans le flou.
- Le droit de comprendre la publicité. Une publicité doit être clairement identifiée comme telle. Vous devez pouvoir savoir pourquoi tel message publicitaire vous est adressé et au nom de qui il est diffusé. La publicité ciblée reposant sur des données sensibles ou visant spécifiquement les mineurs est encadrée.
- Le droit de contester une décision de modération. Si une plateforme supprime votre publication, restreint votre compte ou refuse de retirer un contenu que vous avez signalé, elle doit vous expliquer sa décision et vous offrir un moyen de la contester. Il existe désormais des voies de recours internes, et des organes de règlement des litiges indépendants.
- Une protection renforcée des mineurs. Les plateformes doivent tenir compte de la présence de jeunes utilisateurs, limiter certaines pratiques publicitaires les visant et intégrer la protection des enfants dans la conception de leurs services.
Vos réflexes pratiques et les bonnes ressources
Connaître ses droits, c'est bien ; savoir les activer, c'est mieux. La bonne nouvelle, c'est que ces gestes sont simples et à la portée de tous, quel que soit votre âge ou votre aisance avec le numérique. Prenez d'abord l'habitude de signaler plutôt que de simplement faire défiler. Chaque publication problématique dispose d'un menu, souvent représenté par trois petits points, qui ouvre l'option de signalement. Prenez trente secondes pour l'utiliser : vous contribuez à une base d'informations que les plateformes doivent traiter.
Ensuite, apprenez à lire la mention « pourquoi je vois cette publicité ». La plupart des grandes plateformes proposent désormais, à côté d'une publicité, une explication sur les critères qui ont conduit à vous la montrer. La consulter est une excellente manière de comprendre comment vos données orientent ce qui apparaît sous vos yeux, et de reprendre un peu la main sur votre expérience en ligne.
Si une décision vous semble injuste — une publication supprimée à tort, un signalement resté sans suite —, ne renoncez pas. Cherchez la rubrique d'aide ou de recours de la plateforme, souvent appelée « contester la décision » ou « faire appel ». Conservez une capture d'écran de la publication et de la notification reçue : ces éléments vous seront utiles si vous poursuivez la démarche. Pour les parents et grands-parents, c'est aussi l'occasion d'un échange précieux avec les plus jeunes sur ce qu'ils voient en ligne et sur la manière de réagir ensemble.
Un mot, enfin, pour les parents et les enseignants. Le DSA fait de la protection des mineurs une priorité, mais aucun cadre juridique ne remplace le dialogue. Regarder ensemble comment fonctionne un réseau social, expliquer à un adolescent qu'il peut signaler un contenu ou contester une décision, lui montrer où trouver la mention « pourquoi je vois cette publicité » : ce sont autant de gestes d'éducation à la citoyenneté numérique qui transforment un droit abstrait en compétence concrète. Comprendre le DSA, c'est aussi apprendre à le transmettre.
Enfin, pour tout ce qui touche à la sécurité — fraude, hameçonnage, usurpation d'identité, contenu dangereux —, gardez en tête les bons réflexes belges. Le Centre pour la cybersécurité Belgique et sa plateforme Safeonweb proposent des conseils clairs et gratuits, et permettent de transférer les messages suspects à l'adresse dédiée suspect@safeonweb.be. Le DSA renforce le cadre européen ; Safeonweb vous accompagne, au quotidien, dans les gestes concrets de prudence. Les deux se complètent, et vous n'avez pas à choisir entre comprendre vos droits et vous protéger.
Sources
- Two years of the Digital Services Act : ensuring safer online spaces — Commission européenne (17/02/2026)
- Commission ouvre une enquête sur Grok et les systèmes de recommandation de X — Commission européenne (2026)
- Overview of the latest developments under the Digital Services Act (novembre 2025 - février 2026) — eucrim
Cookies : vous avez le droit de refuser aussi facilement que d'accepter
Vous les croisez des dizaines de fois par jour : ces bandeaux qui surgissent à l'ouverture d'un site pour vous parler de « cookies ». Souvent, un gros bouton coloré vous invite à « Tout accepter », tandis que le refus, lui, semble caché, gris, ou noyé dans des menus. Ce déséquilibre n'est pas un hasard, et surtout, il n'est pas conforme aux règles.
L'Autorité de protection des données (APD), le gendarme belge des données personnelles, rappelle régulièrement les règles du jeu. Le refus doit être aussi simple que l'acceptation, les cases ne peuvent pas être cochées d'avance, et continuer à naviguer ne vaut pas consentement. Comprendre ces règles, c'est reprendre la main sur ce que les sites savent de vous.
Ce bandeau qui vous presse d'accepter
La scène est devenue banale. Vous ouvrez un site d'actualités pour lire un article, et avant même le premier mot, une fenêtre vous barre la route. « Nous utilisons des cookies pour améliorer votre expérience. » En bas, un bouton bien visible, souvent vert ou bleu : « Tout accepter ». Et pour refuser ? Il faut parfois chercher, cliquer sur « Paramétrer », faire défiler une longue liste, décocher des dizaines d'options une à une.
Face à cette gymnastique, beaucoup de personnes cliquent sur « Tout accepter » par lassitude, pour simplement accéder au contenu. C'est humain, et c'est précisément l'effet recherché par ces interfaces déséquilibrées. On parle parfois de « pièges à clics » ou de conception trompeuse : des choix présentés de façon à orienter votre décision, en rendant l'acceptation facile et le refus fastidieux.
Pourtant, la loi est claire, et l'Autorité de protection des données le répète : votre consentement doit être libre. Un consentement obtenu par la fatigue, par la ruse visuelle ou par l'absence d'alternative simple n'est pas un vrai consentement. Vous avez le droit de dire non aussi facilement que oui, et ce droit est protégé.
Ce sentiment d'être « poussé » à accepter n'est pas qu'une impression. Les études sur ces interfaces montrent que la disposition des boutons, leurs couleurs et le nombre de clics nécessaires influencent fortement nos décisions. Un refus rendu pénible décourage, un bouton vert bien placé attire. Comprendre ce mécanisme, c'est déjà s'en libérer : la prochaine fois qu'un bandeau vous met la pression, vous saurez que ce n'est pas à vous de vous adapter, mais au site de respecter vos droits.
Un cookie, c'est quoi au juste ?
Avant de parler de vos droits, clarifions le mot. Un « cookie » est un petit fichier qu'un site dépose sur votre appareil, ordinateur, smartphone ou tablette, lors de votre visite. On parle aussi, plus largement, de « traceurs ». Tous ne se valent pas, et c'est important de le comprendre pour faire des choix éclairés plutôt que par peur.
Certains cookies sont nécessaires au bon fonctionnement du site : ils retiennent le contenu de votre panier d'achat, gardent votre session ouverte quand vous êtes connecté, ou mémorisent la langue choisie. Pour ceux-là, votre consentement n'est en principe pas requis, car sans eux le service ne fonctionnerait tout simplement pas. Ils sont le strict nécessaire.
D'autres cookies, en revanche, servent à tout autre chose : suivre votre navigation d'un site à l'autre, analyser votre comportement, dresser un profil de vos centres d'intérêt et vous cibler avec de la publicité. Ce sont ces traceurs-là, dits « non essentiels », qui exigent votre accord préalable. C'est pour eux que le bandeau vous demande votre consentement, et c'est pour eux que vous avez pleinement le droit de refuser.
Comprendre cette distinction change tout. Refuser les cookies non essentiels ne casse pas votre navigation : le site continue de fonctionner. Vous perdez seulement le pistage publicitaire et le profilage, ce qui, pour beaucoup, est plutôt un gain qu'une perte.
Un mot revient souvent et sème la confusion : les cookies « tiers ». Ce sont des traceurs déposés non pas par le site que vous visitez, mais par d'autres acteurs, souvent des régies publicitaires, dont les outils sont intégrés à la page. Ce sont eux qui permettent de vous suivre d'un site à l'autre et de reconstituer une partie de vos habitudes de navigation. Ce sont aussi ceux que l'on peut bloquer le plus facilement, sans rien perdre du contenu que l'on est venu consulter.
- Cookies essentiels : nécessaires au fonctionnement (panier, connexion, langue), pas de consentement requis.
- Cookies non essentiels : mesure d'audience, publicité ciblée, profilage, suivi entre sites. Votre accord est obligatoire.
- Refuser les cookies non essentiels n'empêche pas de consulter le site.
Ce que dit l'Autorité de protection des données
L'Autorité de protection des données, l'APD, est l'organisme belge chargé de veiller au respect de vos données personnelles. Sur la question des cookies, ses rappels sont constants et convergent avec les règles européennes. Ils tiennent en quelques principes simples, faciles à garder en tête la prochaine fois qu'un bandeau apparaîtra.
Premier principe : le refus doit être aussi facile que l'acceptation. Si un site vous propose un bouton « Tout accepter » dès le premier écran, il doit vous proposer, au même endroit et de manière tout aussi visible, un moyen de « Tout refuser ». Cacher le refus derrière plusieurs clics, ou le rendre volontairement discret, n'est pas conforme.
Deuxième principe : les cases pré-cochées sont interdites. Le consentement doit résulter d'un acte positif de votre part. Un site ne peut pas partir du principe que vous êtes d'accord en cochant les options d'avance et en vous laissant décocher. Le silence ou l'inaction ne valent pas oui.
Troisième principe : continuer à naviguer ne vaut pas consentement. Certains bandeaux affichent une formule du type « en poursuivant votre navigation, vous acceptez les cookies ». Ce n'est pas valable. Faire défiler la page, cliquer sur un lien ou continuer à lire ne peut pas être interprété comme un accord au dépôt de traceurs. Votre consentement doit être explicite, éclairé et donné librement.
Ces règles ne sont pas de simples recommandations théoriques. Elles découlent du cadre de protection des données et l'APD peut contrôler les sites et rappeler les acteurs à l'ordre. Les connaître, c'est pouvoir repérer d'un coup d'œil un bandeau qui ne respecte pas vos droits.
Un point mérite d'être souligné, car il rassure : donner son consentement n'est jamais définitif. Vous pouvez changer d'avis à tout moment et retirer un accord donné précédemment, tout aussi facilement que vous l'avez donné. Un site conforme doit vous offrir un moyen simple de revenir sur vos choix, par exemple un lien discret mais accessible en bas de page. Votre consentement d'hier ne vous engage pas pour toujours.
Ces principes ne sortent pas de nulle part. Ils s'appuient sur le cadre européen de protection des données et sur les règles relatives à la vie privée dans les communications électroniques. L'Autorité de protection des données belge en assure l'application sur le territoire national et publie des lignes directrices à destination des sites comme des citoyens. Autrement dit, en refusant un traceur abusif, vous n'êtes pas dans le caprice : vous exercez un droit clairement établi.
Refuser, gérer, signaler : vos réflexes au quotidien
Maintenant que les règles sont claires, passons à la pratique. Face à un bandeau, prenez ces quelques secondes qui font la différence. Cherchez le bouton « Refuser tout » : sur un site conforme, il est là, aussi accessible que l'acceptation. S'il n'y a qu'un lien « Paramétrer », ouvrez-le : vous pourrez généralement tout refuser en un clic, ou décocher les catégories non essentielles.
Vous pouvez aussi agir en amont, une fois pour toutes, dans votre navigateur. La plupart des navigateurs permettent de bloquer ou de supprimer automatiquement les cookies tiers, ceux qui suivent votre navigation d'un site à l'autre. Vous pouvez également vider régulièrement vos cookies, ou utiliser un mode de navigation privée qui ne les conserve pas après la session. Ces réglages, disponibles dans les paramètres de confidentialité, vous évitent d'avoir à décider à chaque visite.
Pensez aussi à vos proches, en particulier les personnes moins à l'aise avec le numérique. Beaucoup de seniors ou d'enfants cliquent machinalement sur le premier gros bouton, sans savoir qu'un refus est possible. Prendre cinq minutes pour leur montrer où se cache le « Refuser tout », ou pour régler une fois pour toutes leur navigateur, est un geste d'éducation numérique simple et utile. La protection de la vie privée se transmet aussi de proche en proche.
Enfin, si vous tombez sur un bandeau manifestement non conforme, un refus impossible, des cases pré-cochées, une pression pour accepter, vous n'êtes pas démuni. Vous pouvez le signaler à l'Autorité de protection des données, qui reste le canal officiel en Belgique pour ce type de démarche. Signaler, c'est contribuer à un web plus respectueux pour tout le monde, pas seulement pour soi.
Un dernier mot rassurant : il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse universelle. Accepter certains cookies sur un site de confiance que vous utilisez souvent est un choix parfaitement légitime. L'essentiel est que ce choix soit le vôtre, fait en connaissance de cause, et non une décision qu'on vous a soufflée par une interface trompeuse.
En définitive, gérer ses cookies n'a rien d'insurmontable. C'est une petite compétence numérique qui s'acquiert en quelques essais et qui, une fois maîtrisée, s'applique partout et pour longtemps. Chaque refus éclairé est une façon tranquille de dire que vos données vous appartiennent, et que c'est bien à vous, et à personne d'autre, d'en décider l'usage au quotidien.
- Cherchez et cliquez sur « Refuser tout » ; s'il est absent, ouvrez « Paramétrer » et refusez les catégories non essentielles.
- Réglez votre navigateur pour bloquer les cookies tiers et supprimer les traceurs régulièrement.
- Utilisez la navigation privée pour les visites ponctuelles.
- Signalez un bandeau non conforme à l'Autorité de protection des données via son site officiel.
- Rappelez-vous : refuser reste votre droit, et le site fonctionne quand même.
Sources
- Cookies et autres traceurs — Autorité de protection des données (consulté en 2026)
- Belgique : l'APD et le consentement aux cookies — Cookiebot (2026)
L'économie de l'attention : pourquoi vos applis sont conçues pour vous retenir, et comment reprendre la main
Vous vouliez consulter une notification, et vous voilà, vingt minutes plus tard, encore en train de faire défiler votre écran sans trop savoir pourquoi. Cette expérience, presque tout le monde la connaît. Elle n'a rien d'un hasard ni d'un manque de volonté personnelle : de nombreuses applications sont conçues, dans les moindres détails, pour capter votre attention et vous retenir le plus longtemps possible. C'est ce que l'on appelle l'économie de l'attention.
En 2026, l'éducation aux médias met de plus en plus l'accent sur ces rouages commerciaux : expositions et émissions grand public sur la « dopamine » et nos écrans, cycles de webinaires sur la désinformation, travaux du Conseil supérieur de l'éducation aux médias en Fédération Wallonie-Bruxelles. L'objectif n'est pas de diaboliser les technologies, mais de les comprendre. Car comprendre comment on capte votre attention, c'est déjà commencer à reprendre la main. Dans cet article, nous décryptons ces mécanismes et partageons des réflexes concrets d'hygiène attentionnelle, sans culpabilité et sans injonction à tout débrancher.
« Je regarde juste une vidéo »… et une heure a passé
La scène est familière. Vous vous installez pour une pause de cinq minutes. Vous ouvrez une application de vidéos ou un réseau social, une première vidéo se lance, elle est plutôt drôle. À peine terminée, une autre démarre automatiquement, puis une autre encore. Chaque contenu est court, facile, sans effort, et votre pouce glisse presque tout seul vers le haut de l'écran. Quand vous relevez la tête, une heure s'est écoulée, et vous ne sauriez pas vraiment dire ce que vous avez regardé.
Le soir, c'est peut-être la petite pastille rouge sur une icône qui vous rappelle qu'un message vous attend. Vous ouvrez l'application « juste pour voir », et une nouvelle notification en amène une autre. Ou bien c'est ce réflexe, devenu presque automatique, de saisir votre téléphone dès qu'un moment de vide apparaît : dans la file d'attente, dans l'ascenseur, au réveil, parfois même en pleine conversation.
Beaucoup de personnes vivent ces situations avec un sentiment de culpabilité : « Je manque de volonté », « Je suis accro », « Je devrais me contrôler ». Ce jugement sur soi est non seulement injuste, il est aussi trompeur. Si tant de gens, de tous âges et de tous milieux, éprouvent la même difficulté à décrocher, ce n'est pas le fruit d'une faiblesse collective soudaine. C'est que les outils que nous utilisons ont été pensés, testés et affinés pour produire exactement cet effet. Reconnaître cela n'est pas se déresponsabiliser : c'est se donner les moyens d'agir avec lucidité.
L'économie de l'attention, un modèle économique avant tout
Pour comprendre pourquoi vos applications cherchent à vous retenir, il faut regarder d'où vient l'argent. De nombreux services numériques sont gratuits pour l'utilisateur : réseaux sociaux, plateformes de vidéos, applications de messagerie. Mais gratuit ne veut pas dire sans modèle économique. Une grande partie de ces plateformes se rémunèrent grâce à la publicité. Or, plus vous passez de temps sur un service, plus il peut vous montrer de publicités, et mieux il peut connaître vos goûts pour cibler ces publicités. Votre attention, autrement dit votre temps et votre regard, devient la ressource que ces entreprises cherchent à capter et à valoriser.
C'est ce que résume l'expression « économie de l'attention ». Dans un monde où l'information est surabondante, la ressource rare n'est plus le contenu, mais l'attention humaine disponible pour le consommer. Les plateformes se livrent donc une concurrence pour capter cette attention, et elles disposent pour cela d'équipes, de données et d'outils considérables. Chaque détail d'une application — la couleur d'un bouton, le moment d'une notification, la manière dont les contenus s'enchaînent — peut être testé pour maximiser le temps que vous y passez.
Il est important de préciser une chose : reconnaître l'existence de ce modèle n'implique pas d'y voir un complot ou une malveillance. Il s'agit d'un mécanisme économique, poursuivi par des acteurs qui cherchent, comme toute entreprise, à croître. Le problème n'est pas que ces services existent ou qu'ils soient bien conçus ; c'est que leurs intérêts — vous retenir le plus longtemps possible — ne coïncident pas toujours avec les vôtres — utiliser l'outil puis passer à autre chose. Comprendre ce décalage est le point de départ de toute reprise de contrôle.
Défilement infini, notifications, récompenses variables : les rouages de la captation
Les techniques de captation de l'attention sont nombreuses, mais quelques-unes reviennent particulièrement souvent. Les connaître, c'est un peu comme apprendre les ficelles d'un tour de magie : une fois le mécanisme dévoilé, il perd de son emprise. Voici les principaux ressorts à repérer dans les applications que vous utilisez au quotidien.
- Le défilement infini : le contenu se recharge automatiquement à mesure que vous faites défiler, sans fin ni point d'arrêt naturel. Sans « dernière page », rien ne vous signale qu'il serait temps de vous arrêter, et la session se prolonge presque d'elle-même.
- La lecture automatique (autoplay) : une vidéo en enchaîne une autre sans que vous ayez à choisir. L'effort de décider « est-ce que je continue ? » est supprimé, ce qui prolonge mécaniquement le visionnage.
- Les notifications : elles vous ramènent dans l'application en jouant sur la crainte de manquer quelque chose. Nombre d'entre elles ne sont pas essentielles ; elles sont surtout conçues pour rouvrir la porte de votre attention.
- Les récompenses variables : comme dans une machine à sous, on ne sait jamais à l'avance si le prochain contenu sera passionnant ou banal. Cette imprévisibilité pousse à continuer « au cas où », dans l'attente de la prochaine bonne surprise.
- Les compteurs et signaux sociaux : mentions J'aime, vues, réactions et pastilles rouges activent notre besoin de reconnaissance et notre curiosité, et nous incitent à revenir vérifier régulièrement.
- La personnalisation par recommandation : les contenus qui vous sont proposés sont sélectionnés pour correspondre à ce qui vous retient le plus, ce qui rend l'expérience très captivante mais peut aussi enfermer dans une bulle de contenus similaires.
Ce que ça change pour votre attention, votre temps et votre esprit critique
Ces mécanismes ont des effets bien réels sur notre quotidien, sans qu'il faille pour autant tomber dans le catastrophisme. Le premier concerne notre rapport au temps. Beaucoup d'entre nous passent, sur leurs écrans, davantage de temps qu'ils ne le souhaiteraient, et ce temps est souvent grignoté par petites tranches, presque à notre insu. Ce n'est pas le temps consacré à un usage choisi et assumé qui pose question, mais celui que l'on ne décide pas vraiment, happé par l'enchaînement automatique des contenus.
Le deuxième effet touche à notre capacité de concentration. Les sollicitations fréquentes — notifications, envie de vérifier son téléphone — fragmentent l'attention et rendent plus difficile l'immersion durable dans une tâche, une lecture ou une conversation. Retrouver la capacité de se concentrer longtemps sur une seule chose devient, dans ce contexte, une ressource précieuse, en particulier pour les plus jeunes dont le rapport à l'attention se construit encore.
Le troisième effet, plus subtil, concerne l'esprit critique et l'information. Lorsque les contenus sont sélectionnés pour maximiser l'engagement, ce sont souvent les plus émotionnels, les plus clivants ou les plus spectaculaires qui remontent, car ils retiennent davantage l'attention. Cela peut favoriser la diffusion de contenus trompeurs ou de fausses informations, et nous enfermer dans des univers où l'on ne voit plus que ce qui nous conforte. C'est précisément pour cette raison que l'éducation aux médias s'intéresse de près à l'économie de l'attention : comprendre pourquoi tel contenu apparaît sur mon écran fait partie intégrante de la lecture critique de l'information.
Face à cela, il faut affirmer une chose rassurante : ces mécanismes ne sont pas une fatalité. Vous n'êtes pas condamné à subir. Reprendre la main ne suppose ni de renoncer aux écrans, ni de devenir un ermite du numérique. Il s'agit simplement de rétablir un équilibre, de redevenir celui qui décide de son temps plutôt que celui à qui l'on prend son temps.
Reprendre la main : des réflexes d'hygiène attentionnelle
La bonne nouvelle, c'est que quelques ajustements simples suffisent souvent à réduire nettement l'emprise de ces mécanismes. L'idée n'est pas de tout appliquer d'un coup, ni de viser une discipline parfaite, mais de choisir un ou deux réflexes et de les installer tranquillement. Chaque petit geste rééquilibre un peu le rapport de force en votre faveur.
- Reprenez le contrôle des notifications : désactivez celles qui ne sont pas essentielles. Gardez les messages de vos proches, coupez les alertes des applications qui cherchent surtout à vous faire revenir.
- Désactivez la lecture automatique lorsque c'est possible : dans les réglages de nombreuses plateformes de vidéos, vous pouvez empêcher l'enchaînement automatique et retrouver un point d'arrêt naturel.
- Créez des moments et des lieux sans écran : les repas, la première heure du matin, la dernière avant le coucher, ou la chambre à coucher. Ces bulles protégées font souvent une grande différence, notamment pour le sommeil et la vie de famille.
- Mettez de la friction là où c'est trop facile : rangez les applications les plus chronophages dans un dossier, retirez-les de l'écran d'accueil, passez l'écran en niveaux de gris, ou déconnectez-vous pour ne pas y accéder d'un seul geste.
- Fixez-vous une intention avant d'ouvrir une application : « je viens pour répondre à ce message », puis refermez une fois la tâche accomplie. Les minuteurs et rappels de temps d'écran intégrés à la plupart des téléphones peuvent vous y aider.
- Remplacez plutôt que réprimez : plutôt que de simplement vouloir « moins d'écran », prévoyez une activité qui vous fait du bien à la place — marcher, lire, appeler un proche. On résiste mieux à une habitude quand on lui substitue quelque chose de désirable.
- Parlez-en en famille et en classe : expliquer ces mécanismes aux enfants et aux adolescents, et se fixer des règles ensemble plutôt que de les imposer, développe leur autonomie et leur esprit critique.
Une compétence citoyenne à cultiver ensemble
Reprendre la main sur son attention n'est pas seulement une affaire de confort personnel. C'est aussi un enjeu de citoyenneté. Notre attention est ce avec quoi nous nous informons, nous formons nos opinions, nous participons au débat public et nous entretenons nos liens avec les autres. Savoir la protéger, la diriger consciemment, c'est préserver une part de notre liberté dans un environnement conçu pour la solliciter en permanence.
C'est pourquoi l'éducation aux médias accorde une place croissante à ces questions. En Fédération Wallonie-Bruxelles, les travaux du Conseil supérieur de l'éducation aux médias visent notamment à outiller les citoyens, dès l'école, pour décrypter les logiques des plateformes et développer un usage éclairé du numérique. Les initiatives grand public de 2026 — expositions, émissions et cycles de sensibilisation autour de la « dopamine », des écrans et de la désinformation — participent du même mouvement : rendre visibles des mécanismes qui, jusqu'ici, agissaient surtout en coulisses.
Nous vous encourageons donc à aborder ce sujet non pas avec culpabilité, mais avec curiosité et bienveillance envers vous-même. Il ne s'agit pas de renoncer aux merveilles que le numérique nous apporte, ni de juger ceux qui passent du temps sur leurs écrans. Il s'agit de choisir, autant que possible, un usage qui serve nos vies plutôt que l'inverse. Comprendre l'économie de l'attention, en parler autour de soi, expérimenter quelques réflexes : voilà une compétence citoyenne à la portée de tous, qui se cultive pas à pas et se partage entre générations. Reprendre la main sur son attention, au fond, c'est décider soi-même de ce qui mérite notre regard.
Sources
- L'éducation aux médias face aux pièges de l'économie de l'attention — Reflexe-s
- Les compétences en éducation aux médias — Conseil supérieur de l'éducation aux médias (CSEM)
Arnaques par IA : quand la voix de votre petit-fils est un piège
19 mai 2026Sécurité en ligne,Identité en ligne,Algorithmes et données,Esprit critique,Comportements en ligne,Droits et devoirs,L'humaine et la machine
En 2026, une nouvelle génération d'escroqueries se répand : grâce à des outils d'intelligence artificielle capables d'imiter une voix ou même un visage, des malfaiteurs se font passer pour un proche en détresse. Un coup de fil paniqué, la voix d'un petit-fils ou d'une fille qui semble en danger, et l'ordre de virer de l'argent immédiatement. Ces arnaques dites « à l'urgence » ciblent tout particulièrement les personnes âgées, en jouant sur l'affection et sur la peur.
Cet article s'adresse autant aux aînés qu'à leurs enfants et petits-enfants. Se faire piéger par ce type de fraude n'a rien de honteux : ces techniques sont conçues pour tromper n'importe qui, en désactivant notre esprit critique par l'émotion. L'objectif ici n'est pas d'effrayer, mais d'outiller. Avec quelques réflexes simples, décidés en famille et à l'avance, on désamorce l'immense majorité de ces pièges.
Un appel qui glace le sang
Il est vingt heures. Le téléphone sonne. Au bout du fil, une voix bouleversée, celle de votre petit-fils, semble-t-il : « Mamie, j'ai eu un accident, j'ai un gros problème, ne le dis pas à papa et maman, j'ai besoin d'argent tout de suite. » La voix est la sienne, ou presque. Elle tremble, elle pleure, elle supplie. Le cœur s'emballe, la raison s'efface. Dans ces conditions, qui prendrait le temps de douter ? C'est exactement ce que recherchent les escrocs : provoquer une émotion si forte qu'elle court-circuite toute vérification.
Ce scénario, longtemps limité à de simples imitations approximatives, a changé de nature. Les fraudeurs disposent désormais d'outils d'intelligence artificielle capables de reproduire une voix à partir de quelques secondes d'enregistrement, glanées par exemple dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux ou dans un message vocal. Certains vont plus loin encore, avec de fausses vidéos truquées. Le résultat est troublant de réalisme, et c'est précisément ce qui rend ces arnaques si redoutables.
Les personnes âgées sont visées en priorité, non par faiblesse, mais parce que les escrocs misent sur leur disponibilité téléphonique, sur la force du lien familial et sur une moindre familiarité avec ces nouvelles technologies de manipulation. Il faut le dire clairement : tomber dans le panneau ne relève ni de la naïveté ni du grand âge. Ces attaques sont pensées par des professionnels de la tromperie pour fonctionner sur tout le monde, y compris sur des personnes averties et plus jeunes.
Ces arnaques dites « à l'urgence » ne sont pas nouvelles dans leur principe : depuis longtemps, des escrocs se font passer au téléphone pour un proche, un policier ou un banquier afin de soutirer de l'argent. Ce qui change en 2026, c'est le degré de réalisme. Avant, une voix qui ne collait pas tout à fait pouvait éveiller les soupçons. Aujourd'hui, l'intelligence artificielle gomme ce dernier garde-fou. C'est pourquoi les repères d'hier ne suffisent plus, et pourquoi il est utile de mettre à jour, ensemble, notre manière de nous protéger.
Comment fonctionne le clonage de voix
Comprendre le mécanisme aide à s'en défendre. Le clonage de voix repose sur des logiciels qui analysent un échantillon sonore d'une personne — sa hauteur, son timbre, son intonation — puis génèrent de nouvelles phrases dans cette même voix. Autrement dit, à partir d'un extrait, la machine peut faire « dire » n'importe quoi à une voix familière. Ces outils, initialement conçus pour des usages légitimes comme le doublage ou l'accessibilité, sont détournés par des malfaiteurs.
La matière première de ces arnaques, ce sont nos traces en ligne. Une story publiée par un petit-enfant, une vidéo de fête de famille, un message vocal transféré : autant de sources où la voix d'un proche peut être captée. Cela ne veut pas dire qu'il faut vivre dans la peur ou tout effacer, mais cela invite à une conscience nouvelle. Ce que nous publions peut être réutilisé, et il est utile d'en parler entre générations.
Le déroulé de l'arnaque suit presque toujours le même schéma, et le reconnaître est déjà une protection. D'abord, la mise en scène d'une urgence dramatique qui interdit de réfléchir. Ensuite, une demande de secret : « surtout n'en parle à personne », précisément pour vous empêcher d'appeler quelqu'un qui vous ferait douter. Enfin, une pression pour un paiement immédiat et souvent inhabituel : virement en urgence, cartes prépayées, espèces remises à un « coursier », voire cryptomonnaies. Dès que ces trois ingrédients — urgence, secret, argent immédiat — sont réunis, un signal d'alarme doit se déclencher.
Ce que ça change et pourquoi la vigilance collective compte
Ce qui change avec l'intelligence artificielle, c'est que l'on ne peut plus se fier uniquement à ce que l'on entend. Longtemps, reconnaître la voix d'un proche suffisait à établir la confiance. Ce repère, aujourd'hui, n'est plus fiable à lui seul. C'est déstabilisant, mais le comprendre est libérateur : cela déplace la vérification de « est-ce bien sa voix ? » vers « ai-je vérifié par un autre canal ? ». La voix seule ne prouve plus rien ; le rappel sur le vrai numéro, si.
L'enjeu dépasse la seule personne visée. Ces fraudes prospèrent sur l'isolement et sur le silence qui suit, car beaucoup de victimes n'osent pas raconter, par honte ou par crainte d'inquiéter. Or ce silence fait le jeu des escrocs et les laisse recommencer. En parler ouvertement, en famille comme dans le voisinage, est une arme collective. Chaque conversation sur ces arnaques est une personne de plus qui, le moment venu, aura le réflexe de raccrocher et de vérifier.
Les enfants adultes et les petits-enfants ont ici un rôle direct à jouer. Aborder le sujet avec un parent ou un grand-parent âgé, sans le brusquer ni le prendre de haut, est l'un des gestes de protection les plus efficaces. Il ne s'agit pas de faire peur, mais de préparer ensemble, calmement, une réponse à un appel qui, on l'espère, ne viendra jamais. Cette conversation vaut toutes les technologies de sécurité.
Cette vigilance partagée a aussi un versant préventif utile à connaître. Sans renoncer à partager des souvenirs en ligne, on peut réfléchir à ce que l'on publie publiquement : une vidéo où l'on entend longuement la voix d'un enfant, diffusée en accès libre, offre davantage de matière à un éventuel clonage qu'un message partagé dans un cercle privé. Régler ses comptes sur « amis seulement », éviter de rendre publics les messages vocaux, sensibiliser les plus jeunes à ce que leur voix aussi est une donnée : ce sont de petits gestes, sans excès de méfiance, qui réduisent la surface d'attaque. La prudence n'est pas de se couper du monde numérique, mais de le fréquenter en connaissance de cause.
Les réflexes qui protègent
Face à ces arnaques, la meilleure défense n'est pas technique : elle tient en quelques habitudes simples, à connaître et à partager en famille. L'idée directrice est facile à retenir : reprendre le contrôle du rythme. L'escroc a besoin de vitesse et de panique ; vous, vous avez le droit de ralentir, de raccrocher et de vérifier. Rien de ce qui est légitime ne s'effondre parce que vous prenez cinq minutes. Voici les réflexes essentiels, à afficher pourquoi pas près du téléphone, pour les avoir en tête le jour où ils comptent vraiment.
- Convenir d'un « mot de passe familial ». Choisissez ensemble, à l'avance, un mot ou une question secrète que seul un vrai proche connaît. En cas d'appel douteux, demandez-le : un escroc sera incapable de répondre.
- Toujours raccrocher et rappeler soi-même. Ne rappelez jamais le numéro qui vient d'appeler. Raccrochez, puis composez vous-même le numéro habituel de votre proche pour vérifier. Neuf fois sur dix, vous le trouverez tranquillement chez lui.
- Ne jamais virer d'argent dans l'urgence. Aucune situation réelle n'exige un paiement immédiat sans possibilité de vérifier. L'urgence est l'outil de l'escroc, pas celui d'un vrai proche.
- Se méfier de la demande de secret. « N'en parle à personne » est un signal d'alarme majeur. Au contraire, parlez-en aussitôt à un autre membre de la famille ou à un voisin de confiance.
- Résister à la pression émotionnelle. Prenez le droit de dire : « Je te rappelle dans cinq minutes. » Ce court délai suffit à faire retomber la panique et à retrouver son bon sens.
- Poser des questions dont seul le vrai proche connaît la réponse. Au-delà du mot de passe, une question précise sur un souvenir commun — le prénom d'un animal, un lieu de vacances récent — déstabilise l'escroc qui, lui, ne connaît pas votre histoire familiale.
Que faire si le doute ou le pire survient
Si vous recevez un appel suspect, ne cédez pas et raccrochez sans culpabilité : vous ne devez aucune explication à un inconnu. Vérifiez ensuite auprès de votre proche par le canal habituel. Si vous avez le moindre doute sur un message, un courriel ou un SMS accompagnant ce type de tentative, la Belgique dispose d'un outil simple et gratuit : transférez le message suspect à l'adresse suspect@safeonweb.be. Le Centre pour la cybersécurité Belgique et sa plateforme Safeonweb centralisent ces signalements et diffusent des alertes utiles à tous.
Si, malgré tout, un versement a été effectué, il faut agir vite et sans honte. Contactez immédiatement votre banque pour tenter de bloquer ou d'annuler l'opération, et déposez plainte à la police. Plus le signalement est rapide, plus les chances d'agir sont réelles. Rappelez-vous : la honte protège les escrocs, la parole protège les victimes. Être tombé dans le piège ne fait de personne un imprudent ; cela fait de vous la cible d'un système conçu pour tromper.
Enfin, le meilleur moment pour agir est aujourd'hui, avant tout appel. Profitez d'un repas de famille pour décider ensemble du mot de passe familial et rappeler les réflexes. Pensez aussi à ceux qui vivent plus isolés : un simple appel régulier pour prendre des nouvelles, en glissant un mot sur ces arnaques, peut faire toute la différence le jour venu. Pour nos aînés comme pour leurs proches, cette petite conversation, menée avec tendresse et sans dramatiser, est la protection la plus efficace qui soit. Prendre soin les uns des autres, s'informer ensemble et se transmettre les bons réflexes, c'est aussi cela, la citoyenneté numérique.
Sources
- Les nouvelles arnaques : protéger nos aînés face aux nouvelles fraudes — Silvereco
- L'impact des nouvelles technologies sur la vie des seniors en Belgique — MySeniors.be
- Escroqueries 2025 : les nouvelles arnaques qui ciblent nos aînés et comment les éviter — Petits Frères des Pauvres
Vidéo, voix, photo : comment reconnaître un contenu fabriqué par l'IA en 2026 (et pourquoi vérifier avant de partager)
En 2026, une nouvelle génération de contenus générés par intelligence artificielle — vidéos, voix clonées, photos — atteint un niveau de réalisme qui rend la distinction avec le réel de plus en plus difficile à l'œil nu. Ce que l'on appelait autrefois le « deepfake » grossier, reconnaissable à ses maladresses, cède la place à des fabrications fluides, crédibles et produites en quelques minutes. Cette évolution n'est pas une fatalité : elle appelle simplement de nouveaux réflexes, à la portée de chacun.
L'objectif de cet article n'est pas de vous rendre méfiant envers tout ce que vous voyez en ligne, mais de vous outiller. Nous vous proposons des repères concrets pour repérer les signaux d'alerte, comprendre d'où vient réellement un contenu grâce au marquage de provenance, et adopter le seul réflexe qui protège vraiment : vérifier la source avant de partager. Ces gestes simples sont aussi utiles pour vous que pour vos proches, vos élèves ou les personnes que vous accompagnez.
Une vidéo troublante dans votre fil d'actualité
Imaginez la scène. Un matin, en consultant votre téléphone, vous tombez sur une courte vidéo partagée par une connaissance. On y voit une personnalité publique que vous reconnaissez tenir des propos surprenants, dans un décor crédible, avec une voix qui ressemble à s'y méprendre à la sienne. La séquence est nette, le montage soigné, et déjà des centaines de commentaires s'accumulent. Votre premier réflexe, bien naturel, est l'émotion : indignation, surprise ou inquiétude. Et cette émotion vous pousse, en une fraction de seconde, à vouloir la transmettre à votre tour.
C'est précisément là que se joue l'essentiel. Ce type de contenu est devenu monnaie courante, et il ne concerne plus seulement les célébrités. On voit désormais circuler de fausses annonces attribuées à des institutions, des messages vocaux imitant la voix d'un proche pour réclamer de l'argent en urgence, ou des photographies d'événements qui n'ont jamais eu lieu. Le point commun de ces fabrications est qu'elles misent sur la vitesse et sur l'émotion : plus vous réagissez vite, moins vous prenez le temps de vérifier.
La bonne nouvelle, c'est que reprendre le contrôle ne demande ni compétence technique particulière, ni matériel spécialisé. Il suffit d'installer quelques automatismes. Le premier d'entre eux tient en une phrase : lorsqu'un contenu provoque une émotion forte et donne envie de le partager immédiatement, c'est le moment idéal pour marquer une pause. Cette pause de quelques secondes est votre meilleure protection, et celle des personnes qui vous font confiance.
En 2026, cette vigilance prend un relief particulier. Les analyses spécialisées soulignent que les contenus synthétiques deviennent plus nombreux, plus rapides à produire et plus difficiles à distinguer du réel. La Journée internationale du fact-checking, célébrée chaque année, rappelle utilement que la vérification n'est pas l'affaire des seuls journalistes : c'est une compétence citoyenne que chacun peut cultiver au quotidien.
Comment l'IA fabrique ces contenus — et pourquoi c'est plus dur à repérer
Pour bien se protéger, il aide de comprendre, sans jargon, ce qui se passe. Les outils d'intelligence artificielle générative apprennent à partir d'énormes quantités d'images, de sons et de vidéos existants. En analysant ces exemples, ils apprennent à produire de nouvelles images, de nouvelles voix ou de nouvelles séquences qui ressemblent à ce qu'un humain aurait pu créer. Concrètement, un logiciel peut aujourd'hui « habiller » le visage d'une personne sur celui d'une autre, faire dire n'importe quel texte à une voix clonée à partir de quelques secondes d'enregistrement, ou inventer de toutes pièces une photo réaliste à partir d'une simple description écrite.
Pendant longtemps, ces fabrications trahissaient leur origine par des défauts visibles : des mains à six doigts, des regards figés, des clignements d'yeux absents, des dents étranges, des reflets incohérents ou une bouche mal synchronisée avec le son. Ces indices restent utiles, mais ils se raréfient. Les modèles les plus récents corrigent une grande partie de ces maladresses, au point que se fier uniquement à l'apparence ne suffit plus. C'est ce basculement que décrivent les observateurs du secteur pour 2026 : la génération précédente de trucages était détectable ; la nouvelle l'est beaucoup moins.
Il faut aussi avoir en tête que ces contenus ne se limitent pas à la vidéo spectaculaire. Le clonage vocal, en particulier, est redoutable parce qu'il ne laisse rien voir : au téléphone ou dans un message audio, l'oreille n'a aucun défaut visuel sur lequel s'appuyer. De même, une photographie unique, sortie de son contexte, peut être entièrement fabriquée ou, au contraire, authentique mais détournée pour raconter une histoire fausse. La manipulation ne réside pas toujours dans le pixel : elle se niche souvent dans le contexte, la légende ou la date que l'on attribue à une image.
Comprendre ce fonctionnement aide à relativiser sans céder à la peur. Ces outils ont aussi des usages parfaitement légitimes et créatifs : cinéma, doublage, accessibilité, art numérique. Le problème n'est donc pas la technologie en soi, mais l'usage trompeur qui en est fait lorsque l'on cherche à faire passer une fabrication pour la réalité. C'est cette intention de tromper qu'il s'agit de déjouer, en gardant à l'esprit qu'aucun indice visuel isolé ne constitue à lui seul une preuve.
- Incohérences visuelles : mains ou doigts déformés, oreilles asymétriques, bijoux ou lunettes qui « fondent », arrière-plan flou ou déformé sur les bords.
- Lumière et reflets : ombres qui ne correspondent pas à la source lumineuse, reflets absents ou incohérents dans les yeux et sur les surfaces brillantes.
- Voix et synchronisation : intonation trop lisse ou trop régulière, respirations absentes, lèvres légèrement décalées par rapport au son.
- Détails du réel : textes illisibles sur une pancarte ou une plaque, logos approximatifs, éléments qui apparaissent ou disparaissent d'une image à l'autre.
- Contexte suspect : contenu très émotionnel, source impossible à identifier, absence de toute reprise par des médias sérieux.
Ce que ça change pour vous : la provenance devient la vraie clé
Puisque l'œil ne suffit plus, la question n'est plus seulement « est-ce que cela a l'air vrai ? » mais « d'où vient réellement ce contenu ? ». C'est un déplacement de regard essentiel. Plutôt que de chercher le défaut caché dans une image, on apprend à remonter la piste : qui a publié ce contenu, quand, sur quel compte, et cette information est-elle confirmée ailleurs par des sources fiables et indépendantes.
Sur le plan technique, une réponse collective se met en place autour de la notion de provenance des contenus. Une coalition internationale réunissant de grands acteurs de la technologie et des médias a défini un standard ouvert, connu sous le nom de C2PA, qui permet d'attacher à un fichier une sorte d'étiquette d'origine sécurisée. Cette étiquette, souvent présentée sous l'appellation « Content Credentials », peut indiquer avec quel appareil ou quel logiciel un contenu a été créé, s'il a été généré ou modifié par une intelligence artificielle, et quelles retouches il a subies. Plusieurs plateformes, fabricants d'appareils photo et éditeurs de logiciels ont commencé à l'adopter.
Pour vous, cela signifie qu'un petit symbole ou une mention de provenance peut désormais accompagner certaines images et vidéos : en cliquant dessus, vous accédez à leur historique. C'est un progrès réel, mais il faut le comprendre avec nuance. Ce marquage n'est pas encore universel : de nombreux contenus n'en portent pas, et son absence ne prouve donc pas qu'un contenu est faux. À l'inverse, sa présence est un indice précieux de transparence. Voyez-le comme une information supplémentaire qui s'ajoute à votre jugement, pas comme un verdict automatique.
Il y a enfin une dimension de droits qu'il est utile de connaître. Utiliser l'image ou la voix d'une personne sans son accord pour lui faire dire ou faire quelque chose peut porter atteinte à son droit à l'image, à sa vie privée et à sa dignité, et diffuser de tels contenus peut constituer une infraction. Si vous, ou l'un de vos proches, êtes victime d'un montage de ce type, vous n'êtes pas démuni : il est possible de le signaler à la plateforme concernée, de conserver des preuves, et de solliciter de l'aide, y compris auprès des autorités lorsque la situation le justifie.
Vos réflexes concrets : vérifier avant de partager
Résumons tout cela en une méthode simple, que vous pouvez transmettre autour de vous, aux enfants comme aux aînés. Elle tient en trois temps : faire une pause, vérifier la source, et ne partager qu'ensuite. Ce n'est pas une question de compétence informatique, mais d'habitude. Comme on apprend à regarder à gauche et à droite avant de traverser, on peut apprendre à vérifier avant de relayer.
La vérification de la source est le geste central. Avant de partager, demandez-vous d'où vient l'information et si des médias reconnus ou des sources officielles la confirment. Une affirmation spectaculaire qui n'apparaît nulle part ailleurs que sur un compte inconnu doit éveiller la prudence. Pour une image, une recherche d'image inversée dans un moteur de recherche permet souvent de retrouver son origine, sa date réelle et de constater qu'elle a peut-être été sortie de son contexte. Pour une vidéo, chercher le même événement sur plusieurs sources fiables permet de recouper les faits.
N'hésitez pas à vous appuyer sur le travail des professionnels. Les rédactions de vérification des faits publient régulièrement des analyses détaillées sur les contenus qui circulent le plus. En cas de doute sérieux, une recherche rapide du sujet accompagné du mot « intox » ou « vérification » mène souvent à un article qui a déjà fait le travail pour vous. Partager cet article de vérification plutôt que le contenu douteux est l'un des gestes les plus utiles que l'on puisse poser en ligne.
Enfin, parlez-en autour de vous. Dans une famille, se mettre d'accord sur un mot de passe convenu à l'avance permet de déjouer les faux appels de détresse imitant la voix d'un proche. En classe, prendre cinq minutes pour analyser ensemble une image virale développe un esprit critique durable chez les jeunes. Et pour les aînés, souvent ciblés par les arnaques, rappeler la règle simple « en cas de doute, je ne partage pas et je vérifie » vaut toutes les explications techniques. La vigilance partagée est bien plus efficace que la vigilance solitaire.
- Faites une pause dès qu'un contenu déclenche une émotion forte : c'est le signal d'alerte le plus fiable.
- Vérifiez la source : compte à l'origine, date, et confirmation par des médias reconnus ou des sources officielles indépendantes.
- Utilisez la recherche d'image inversée pour retrouver l'origine et le contexte réel d'une photo.
- Cherchez le marquage de provenance (Content Credentials) quand il existe, sans conclure qu'un contenu sans marquage est forcément faux.
- Méfiez-vous des messages vocaux ou audio d'urgence réclamant de l'argent : rappelez la personne par un canal habituel avant d'agir.
- En cas de victime d'un montage, conservez les preuves, signalez à la plateforme et sollicitez de l'aide si nécessaire.
- Partagez la vérification, pas la rumeur : relayer un article de fact-checking vaut mieux que relayer le doute.
Sources
- En 2026, à quoi vont ressembler les nouveaux deepfakes qui vont déferler sur nos écrans — The Conversation (2026)
- Deepfakes, quand l'IA cherche à nous désinformer — franceinfo (2026)
- How it works : Content Credentials et provenance des contenus — Content Authenticity Initiative
- C2PA : standard ouvert de provenance des contenus — Coalition for Content Provenance and Authenticity
Un premier Forum réussi pour l'éducation à la citoyenneté numérique.
Un Premier Forum Réussi pour l’Éducation à la Citoyenneté Numérique
Le 26 novembre dernier, à l’Aula Magna de Louvain-la-Neuve, s’est tenu le tout premier forum de l’éducation à la citoyenneté numérique.
Ce lieu n’avait pas été choisi au hasard : c’était déjà dans cette même salle que, le 13 avril 2024, avait été signée la Déclaration de Louvain-la-Neuve, un engagement des 27 États membres pour un Internet plus sûr et plus responsable.
Le forum a donc été l’occasion de rappeler l’importance de cette responsabilité numérique. Il a rassemblé un panel diversifié d’experts issus du monde politique, académique, mais aussi des domaines de la santé mentale et de la philosophie.
Leur objectif commun : mettre en lumière la nécessité d’une éducation à la citoyenneté numérique dans un monde où les impacts technologiques transforment nos démocraties et nos interactions.
Malgré une journée compliquée en Belgique en raison de grèves, plus de 200 participants ont assisté aux conférences avec rigueur et enthousiasme, posant leurs questions et enrichissant les échanges.
Louvain-la-Neuve. Capitale d’un jour pour la citoyenneté numérique, la ville a accueilli le premier forum consacré à ce sujet, rassemblant des experts de haut niveau, CNIL/Conseil de l’Europe, réseau RÉCIT (Québec), membres du gouvernement wallon, ainsi que des élus et éducateurs locaux et de nombreuses associations.
Le dispositif permettait au public d’intervenir via un QR code Wooclap, et une librairie partenaire, La page d’après, proposait une sélection d’ouvrages thématiques.
Ouverture institutionnelle : LLN, “berceau” de la Déclaration pour un internet plus sûr
En ouverture, le bourgmestre Nicolas Van der Maren et la députée provinciale au numérique Sophie Keymolen ont rappelé l’ambition locale et provinciale : faire d’Ottignies-Louvain-la-Neuve eu du Brabant wallon un territoire pilote pour l’éducation à la citoyenneté numérique.
Mathieu Michel : Éduquer pour rester libres : la citoyenneté numérique comme pilier d’une démocratie solide
Prenant appui sur la Déclaration de Louvain-la-Neuve pour un internet plus sûr, Mathieu Michel a martelé un cap simple : la régulation est nécessaire mais elle ne suffit pas ; la clé, c’est l’éducation à la citoyenneté numérique pour former des esprits autonomes, responsables et résilients.
Selon lui, face à l’accélération technologique qui fragilise la pensée autonome et nourrit la polarisation, outiller les citoyens, élèves, parents, professionnels, devient un impératif démocratique autant qu’un enjeu de sécurité publique.
D’où l’appel à intégrer l’ECN dans les cursus, à multiplier les lieux d’apprentissage tout au long de la vie (EPN, formations) et à soutenir des ressources concrètes pour les familles et les écoles.
Selon lui, il faut faire de l’éducation numérique une priorité nationale et européenne.
Europe : une Année 2025 dédiée et une feuille de route 2027-2031
Pascale Serrier, représentant la CNIL et le Conseil de l’Europe a présenté une vision structurée : Année européenne 2025 pour la sécurité numérique, feuille de route 2027-2031, cadre de compétences (10 domaines) et référentiel curriculaire (5-18 ans, 380 résultats d’apprentissage), avec des outils très concrets (manuel enseignants, livrets parents, ressources pour <9 ans) et une plateforme prévue en 2026. Un appel est lancé aux territoires pour adapter ces ressources à leur contexte.
Québec : “prendre conscience – réfléchir – bien agir”
Du côté nord-américain, Annie Turbide (RÉCIT) a détaillé le référentiel de compétence numérique du Québec (12 dimensions) et le nouveau cours Culture et citoyenneté québécoise. L’approche pédagogique proposée – “prendre conscience – réfléchir – bien agir” – met l’éthique, la pensée critique et le pouvoir d’agir des élèves au cœur des pratiques, avec une intégration transversale dans les disciplines.
Santé mentale & écrans : prévention passive et active
Le ministre wallon de la Santé, Yves Coppiters, a dressé un constat préoccupant : 1 jeune sur 5 en Wallonie présente des symptômes anxieux ; au niveau européen, 1 sur 4 depuis la crise COVID. Les usages d’écrans sont massifs (chez les 10-19 ans, une large majorité dépasse les 2 heures/jour), avec des corrélations aux troubles du sommeil, à la sédentarité et au surpoids. Il a défendu une stratégie mixte : prévention passive (p. ex. espaces sans écran, interdiction du smartphone récréatif à l’école) et prévention active (éducation, compétences psychosociales, soutien aux familles), avec un plan santé mentale à finaliser d’ici fin 2026.
IA à l’école : intégrer avec éthique, protéger les mineurs
Au nom de la ministre de l’Enseignement, Arzu Pelivan a plaidé pour une intégration progressive de l’IA à l’école, sous supervision humaine, avec respect du RGPD, vigilance sur les technologies sensibles (ex. reconnaissance des émotions) et renforcement de l’éducation aux médias pour comprendre algorithmes, deepfakes et désinformation.
Désinformation : vers une “immunité collective numérique”
Vincent Flibustier, quant à lui, a proposé une lecture épidémiologique des rumeurs et manipulations en ligne (R0, “variants”, supers-contaminateurs). Pour atteindre une immunité collective numérique, il a détaillé trois axes complémentaires :
-
Politique : appliquer les lois (RGPD, DSA) et lutter contre les publicités frauduleuses ;
-
Algorithmique : exiger davantage de transparence des plateformes ;
-
Cognitif : armer les citoyens contre les biais et diffuser des gestes de vérification simples (traçabilité des sources et dates, outils visuels). Il a aussi alerté sur la “react economy”, qui récompense l’indignation et la polarisation.
Yves Deville : L’IA générative, mode d’emploi (vraiment) responsable
Le chercheur a posé un cadre clair : l’IA générative est utile, mais son usage exige lucidité technique, juridique et environnementale. Message pragmatique aux organisations : éviter les IA “gratuites” pour ne pas disséminer des données sensibles ; contractualiser les usages et garder à l’esprit les enjeux de juridiction (Cloud Act). Côté souveraineté, il souligne l’émergence d’options européennes (p. ex. Mistral), sans absolutisme : le “meilleur modèle” dépend du cas d’usage. Enfin, il appelle à suivre l’empreinte énergétique de l’IA et à distinguer entraînement et inférence dans les bilans d’impact.
Virginie Tyou : “Cliky” : apprendre le numérique par les émotions
Fondatrice de la méthode “Cliky”, Virginie Tyou milite pour une pédagogie du savoir-être numérique : matérialiser l’invisible (données, algorithmes), travailler les émotions et commencer dès 5 ans. Elle outille le discernement par de simples questions réflexes au moment d’ouvrir son téléphone (“Qu’est-ce que je viens y faire ? Qu’est-ce que ça m’apporte ? Comment je me sens ?”), une routine qui remet l’intention avant l’automatisme.
Mark Hunyadi : Protéger “l’esprit humain” à l’ère des algorithmes
Le philosophe appelle à dépasser la seule grammaire des droits individuels pour penser les effets anthropologiques de la “cybernétisation” (boucle entrée-traitement-sortie-réaction). Il plaide pour une charte de défense de l’esprit humain, afin d’encadrer l’IA au service de la liberté intérieure, et rappelle que la régulation n’est pas l’ennemie de l’innovation, mais ce qui l’oriente vers le bien commun.
Caroline Depuydt : Sortir de la captologie : gestes concrets pour familles et écoles
Médecin-psychiatre, directrice médicale d’Epsilon, Caroline Depuydt explique comment les plateformes exploitent nos mécanismes attentionnels (dopamine, FOMO, notifications, scroll infini) et propose un protocole simple : “activer le cortex préfrontal” (se demander pourquoi et combien de temps), fixer des minuteurs, co-construire des règles et diversifier les récompenses hors écran. Elle rappelle aussi l’ampleur des usages : ≈100 prises en main du smartphone par jour chez l’adulte, jusqu’à 150 chez l’ado.
Cécilia Zappalà :Ce que fait YouTube pour les mineurs (et ce que les adultes peuvent activer)
Côté plateformes, la responsable affaires publiques de YouTube a détaillé l’arsenal de règles de contenu (chapitres dédiés à la protection des mineurs), la restriction d’âge pour les vidéos “non appropriées”, et l’environnement YouTube Kids(filtrage, contrôles parentaux, minuteurs), en cours d’alignement avec les cadres européens. Message-clé : combiner règles de la plateforme et réglages parentaux pour réduire l’exposition des plus jeunes.
Benjamin Marteau : Pix, un service public pour mesurer et faire grandir les compétences numériques
Fondateur et directeur de Pix, Benjamin Marteau a rappelé l’ambition d’un service public qui permet d’évaluer, développer et certifier les compétences numériques, en s’appuyant sur le cadre européen DigComp. Il a souligné que le numérique est un “pharmakon” — à la fois remède et poison — d’où la nécessité d’outiller les citoyens avec des parcours structurés et une certification reconnue. Le déploiement transnational de Pix et ses volumes de certifications attestent de la maturité du dispositif.
Nathalie Bolland : FWB : intégration de Pix et calendrier opérationnel
La Fédération Wallonie-Bruxelles a présenté, par la voix de Nathalie Bolland (SGNE), un calendrier concret : adaptation et tests des parcours Pix issus de France, avec une mise à disposition des enseignants et apprenants au 1er semestre 2026, et l’ouverture de centres de certification déjà actifs pour le supérieur et l’enseignement des adultes, avant une extension progressive. Côté terrain, la FWB travaille l’intégration technique (ENT/Moodle/API) et des parcours co-construits avec auto-diagnostics pour les enseignants.
Isabelle Marx : Pilotage du projet Pix en FWB : de la certification à l’accompagnement
Isabelle Marx (responsable du projet Pix en FWB) a détaillé l’articulation évaluation → remédiation → certificationet l’enjeu d’accompagner les établissements : centres de certification, montée en charge par publics, et appui aux équipes pédagogiques pour adopter l’outil sans surcharge. Elle a insisté sur la progressivité du déploiement et la reconnaissance institutionnelle de la certification Pix.
Anne-Claire Orban de Xivry : Media Animation : une éducation aux médias ancrée dans la réalité des jeunes
Représentant Media Animation, centre de ressources reconnu en éducation aux médias, elle a proposé un “dézoom”salutaire : replacer le numérique dans une approche critique, systémique et inclusive, partir des pratiques réelles des jeunes, et associer parents et publics vulnérables. Objectif : développer la distance critique face aux plateformes et à l’économie de l’attention, et outiller les acteurs de terrain par des ressources éprouvées.
Dimitri Verboomen (BSF) : Inclusion numérique et “Cyberhéros”
Le directeur de Bibliothèques Sans Frontières Belgique a insisté sur un angle souvent oublié : avant de parler “citoyenneté numérique” à l’école, il faut sécuriser les bases chez un large public adulte encore vulnérable. En Belgique, 40 % des citoyens sont en fragilité numérique et 38 % des 55+ n’ont aucune compétence en sécurité en ligne. BSF agit sur deux fronts : l’inclusion (formations, communautés d’aidants, projets en BE avec les EPN) et l’éducation (kit Cyberhérospour les 8–14 ans : confidentialité, MFA, bienveillance, prévention du cyberharcèlement). Côté pouvoirs publics, il a rappelé le développement de la plateforme Connect Two avec BOSA pour former les administrations.
Nadège Bastiaenen (Child Focus) : Prévenir la sextorsion, protéger sans culpabiliser
Child Focus observe une hausse forte de la sextorsion (environ +130 % en 2025, garçons particulièrement visés) et des cas de sexting non consensuel et de grooming chez les plus jeunes. Message clé : déplacer la focale vers les auteurs (et non culpabiliser les victimes), ouvrir le dialogue tôt et outiller élèves, parents et écoles avec des dispositifs concrets : ligne 116 000, CyberSquad, MAX. Des ressources prêtes à l’emploi aident à parler consentement, partage d’images et signalement.
Aurélie Waeterinckx (APD) : “JeDécide”, la vie privée expliquée aux ados
Au nom de l’Autorité de protection des données, elle a présenté JeDécide, une plateforme pensée pour les 13–17 ans : kits pédagogiques, ateliers clés en main et partenariats médias pour installer le réflexe vie privée sans anxiété. Objectif : rendre tangibles les droits (information, consentement, effacement), donner des gestes simples (réglages, partages, traces) et soutenir les équipes éducatives dans la durée.
Sophie Vandenplas (Out of the Books) : Inspirer et outiller les enseignants
La cofondatrice d’Out of the Books a livré une séquence “inspiration” nourrie d’exemples (notamment au Danemark) : approches créatives et interdisciplinaires, ressources pour enseignants/parents et un projet Erasmus en préparation sur l’éducation à l’IA. Son fil rouge : partir des besoins de terrain, mutualiser les pratiques efficaces et aider les écoles à intégrer le numérique sans le subir.
Margaux Janssens (Febelfin) : Devenir “banque-smart” à l’ère des arnaques
Côté éducation financière, Febelfin a présenté Banque en classe et DigiFacile, une app de micro-formation pour l’autonomie numérique (paiements, sécurité, vigilance face aux phishing, finfluenceurs et comptes mules). L’idée : renforcer des réflexes de sécurité simples (MFA, vérification du bénéficiaire, signaux d’arnaque) et outiller enseignants et associations avec des parcours modulaires.
Sébastien Hiernaux (Deconnect) : Reprendre la main par la “déconnexion douce”
Présenté comme une réponse pragmatique à l’hyper-sollicitation numérique (jusqu’à ≈100 prises en main du smartphone par jour chez l’adulte, ≈150 chez l’ado), l’outil Deconnect mise sur des leviers non culpabilisants : une gamification orientée réduction du temps d’écran, des activités hors ligne proposées au bon moment, une IA de conseil et des micro-contenus pédagogiques. Le modèle se veut sans publicité (freemium) et centré sur l’autonomie des usagers, avec des objectifs réalistes et progressifs pour aider chacun à retrouver de l’attention et du temps de qualité.
EPN Ottignies–Louvain-la-Neuve — Le guichet de proximité contre la fracture numérique
En clôture, Marie Flocke et Alain Pirlot ont présenté l’Espace Public Numérique (EPN) communal : une structure ouverte à tous, équipée et connectée, qui offre accès, apprentissages et accompagnements au numérique “de manière conviviale, coopérative et responsable”. Leur rappel historique situe les EPN de Wallonie depuis 2005 et souligne un constat encore d’actualité : la fracture numérique s’est accentuée après la crise sanitaire et continue de se creuser, avec 40 % de Belges vulnérables (5 % non-utilisateurs d’internet, 35 % faibles compétences). Les facteurs déterminants restent l’âge, le niveau de diplôme, le revenu et la situation professionnelle — les femmes demeurant légèrement plus exposées.
Concrètement, l’EPN Ottignies–LLN est situé place du Centre à Ottignies, ouvert 6 jours/7 (lundi–samedi), et propose trois portes d’entrée : ateliers collectifs (thématiques variées), coaching individuel par créneaux d’1 h, et accès libre à un parc d’ordinateurs (internet, imprimantes, lecteurs de carte, webcams…). Le tout à coût réduit grâce à une carte de 5 € disponible à l’accueil communal. Partenariats structurants : CPAS d’Ottignies-LLN, Althéo (aidants numériques, 2×/mois) et Ligue Braille (2×/mois). Nouveauté 2026 : des écrivains publics pour aider aux CV et démarches administratives. Un QR code renvoie au programme en ligne de la Ville ; des flyers sont également distribués. Les données statistiques mobilisées proviennent du SPF Économie et de la Fondation Roi Baudouin.
Message-clé : l’EPN agit comme service public de proximité qui répond à la demande croissante d’accompagnement, irrigue le territoire via ses partenariats et met en capacité les publics — seniors, personnes peu diplômées, familles — de s’orienter, d’apprendre et d’exercer leurs droits dans un monde numérique devenu incontournable.
Une journée participative et ancrée localement
Tout au long du forum, l’animateur Jim Nejman a donné la parole au public via Wooclap, favorisant des échanges interactifs après chaque intervention. Dans le hall, la librairie La page d’après proposait une sélection d’ouvrages pour prolonger les débats.
Un cap partagé : éduquer pour protéger et responsabiliser
De l’échelon local aux institutions européennes, un consensus se dégage : la régulation doit s’accompagner d’une éducation exigeante à la citoyenneté numérique, intégrée aux cursus et soutenue par des ressources accessibles aux enseignants, aux familles et aux jeunes. Louvain-la-Neuve, “berceau” de la déclaration européenne, se positionne en territoire pilote pour transformer ces orientations en dispositifs concrets.
Ce premier succès annonce déjà une deuxième édition prévue pour avril 2027.
The POD soutient le Forum de l'éducation à la citoyenneté numérique

The POD soutient l’initiative de Citoyens Numériques
Réfléchir ensemble aux impacts sociétaux des technologies.
The POD apporte son soutien à l’initiative de Citoyens Numériques, estimant qu’il est crucial, dans un monde où les technologies évoluent à une vitesse fulgurante, de prendre le temps de réfléchir à leurs impacts sur nos sociétés.
En effet, l’innovation technologique offre d’immenses opportunités positives, mais il est tout aussi important de rester attentif à la manière dont ces évolutions transforment non seulement les entreprises, mais aussi le tissu social et démocratique.
Soutenir Citoyens Numériques, c’est reconnaître l’importance d’une éducation à la citoyenneté numérique qui aide chacun à comprendre les enjeux de ces technologies, à les adopter de façon pertinente et à en mesurer les répercussions.
Ainsi, en soutenant cette initiative, The POD encourage une approche équilibrée où la technologie sert à la fois l’efficacité des entreprises et le bien commun, en gardant toujours en vue l’impact global sur nos sociétés.
Nous nous réjouissons de ce soutien et affirmer en retour notre total soutien au dynamisme du POD.
Citoyens Numériques & Exquando : quand la maîtrise de l’information devient un acte citoyen.
6 novembre 2025Citoyen éthique

Citoyens Numériques & Exquando : quand la maîtrise de l’information devient un acte citoyen
Dans un monde saturé de données, où la technologie modèle nos décisions autant qu’elle les éclaire, il devient essentiel de retrouver un rapport lucide et responsable à l’information.
C’est là que se rencontrent deux approches complémentaires : celle de Citoyens Numériques, qui agit pour former des citoyens critiques et autonomes dans le numérique, et celle d’Exquando, qui agit au niveau de la transformation numérique des entreprises.
Cette rencontre n’est pas seulement institutionnelle. Elle traduit une convergence de fond : la conviction que la qualité, la traçabilité et la compréhension des informations sont des conditions indispensables de la démocratie en société et de la bonne gouvernance en entreprise.
Une même exigence : la confiance
Exquando et Citoyens Numériques partagent une même exigence : celle de la confiance.
Confiance dans les données, dans les processus, dans les personnes.
Là où Citoyens Numériques sensibilise à l’esprit critique et à la responsabilité numérique, Exquando œuvre pour que l’information soit gouvernée avec rigueur, qu’elle soit sécurisée, trouvable, compréhensible et transmissible.
Ces deux démarches, l’une citoyenne, l’autre professionnelle, se rejoignent dans une même ambition : rendre le numérique intelligible et digne de confiance.
Un partenariat fondé sur l’indépendance et la responsabilité
La convention récemment signée entre nos deux organisations repose sur un principe clair : le respect de l’indépendance et de la liberté de fonctionnement de Citoyens Numériques.
Exquando apporte son soutien en toute transparence, sans interférer dans la gouvernance, les choix ou les messages de l’association.
C’est précisément cette posture, faite de confiance, de discrétion et de responsabilité, qui rend ce partenariat exemplaire.
Car la société civile se construit aussi dans ces alliances libres : lorsque le monde économique choisit de soutenir sans diriger, d’encourager sans orienter.
Une alliance de sens
Pour Citoyens Numériques, ce partenariat illustre qu’il est possible de tisser des liens féconds entre expertise technique et engagement citoyen.
Il ne s’agit pas d’un simple soutien, mais d’une rencontre entre deux façons de servir la même cause : celle d’un numérique humain, fondé sur la connaissance, la rigueur et la liberté.
Ensemble, Exquando et Citoyens Numériques rappellent qu’avant d’être une question d’outils, le numérique est d’abord une question de sens, et que c’est par la qualité de nos informations que se jouent, en grande partie, la qualité de notre citoyenneté et la durabilité de nos entreprises.
La citoyenneté numérique dans le système éducatif québécois : le rôle du RÉCIT

Qui est le RÉCIT et quel est son mandat ?
Au Québec, le réseau RÉCIT (Réseau pour le développement des compétences par l’intégration des technologies) est un dispositif québécois qui vise à accompagner les milieux scolaires dans l’intégration des technologies numériques de façon pédagogique, et plus particulièrement à développer les compétences numériques.
Dans ce cadre, un des axes importants est la citoyenneté à l’ère du numérique : c’est-à-dire la capacité des élèves à agir comme citoyens numériques responsables, réflexifs, éthiques dans un monde connecté.
La citoyenneté à l’ère du numérique : quel enjeu ?
La question de la citoyenneté numérique s’inscrit dans le contexte suivant au Québec :
-
Le Plan d’action numérique en éducation et en enseignement supérieur (2018) identifie comme prioritaire le fait que l’école accompagne les élèves dans leurs usages numériques, « préoccupations pédagogiques et sociales de développement de la citoyenneté ».
-
Le Cadre de référence de la compétence numérique (2019) du ministère cite deux dimensions centrales : agir en citoyen éthique à l’ère du numérique, et développer/mobiliser ses habiletés technologiques.
-
Le milieu scolaire est vu comme un lieu privilégié pour « favoriser le développement de la pensée critique, l’autonomie dans les choix numériques ».
Ainsi, le RÉCIT intervient pour outiller les équipes-écoles (enseignants, conseillers pédagogiques, gestionnaires) à mener des démarches concrètes visant ce développement de la citoyenneté numérique.
Nature des formations et accompagnements proposés par le RÉCIT
Voici un panorama des types d’interventions que propose le RÉCIT dans ce domaine :
a) Formations ciblées
-
Par exemple, un parcours intitulé « Éduquer à une citoyenneté éthique à l’ère du numérique » est offert via la plateforme Campus RÉCIT.
-
Une autre formation indique : « Au cours de cette formation, nous explorerons la notion de citoyenneté numérique et l’élaboration d’une charte du citoyen numérique ».
-
Les enseignants sont amenés à « explorer des stratégies numériques concrètes », « co-construire un code d’éthique » avec leurs élèves.
b) Accompagnement et ressources
-
Le RÉCIT met à disposition la plateforme CITNUM (Citoyenneté numérique) : un site-ressource et un espace de réflexion sur la citoyenneté à l’ère du numérique, conçu pour accroître le pouvoir d’action des citoyens face aux enjeux numériques.
-
Le service national du RÉCIT propose un accompagnement personnalisé aux milieux scolaires sur la citoyenneté numérique.
-
Il s’appuie aussi sur la création de communautés de pratique, de webinaires, d’ateliers, ainsi que sur des ressources pédagogiques et situées.
c) Modalités pédagogiques
-
Co-construction de règles ou chartes avec les élèves (favorisant l’autonomie et la réflexion collective).
-
Travail de réflexion éthique (questionner les usages, les impacts, les choix).
-
Intégration du numérique non seulement comme outil mais comme contexte pour la citoyenneté : par exemple, analyser les usages, les algorithmes, les médias numériques et leurs effets. (voir plateforme CITNUM)
-
Format modulable : ateliers, formations en ligne, accompagnement sur site, etc.
Intégration dans le fonctionnement de l’enseignement québécois
La façon dont le travail du RÉCIT s’insère dans le système éducatif québécois peut se décrire comme suit :
-
Le RÉCIT agit en appui aux établissements scolaires (écoles primaires, secondaires, centres de formation professionnelle, etc) et aux commissions scolaires/centres de services scolaires. Les intervenants du RÉCIT (conseillers pédagogiques) collaborent avec les équipes-écoles pour adapter les modalités à leurs réalités.
-
La citoyenneté numérique est explicitement reliée aux compétences transversales visées par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES), ce qui permet une intégration dans les programmes d’études. (Voir les extraits sur le Cadre de référence et sur les « préoccupations pédagogiques et sociales »)
-
Les formations et accompagnements peuvent être inscrits comme développement professionnel des enseignants, ce qui contribue à la culture numérique de l’établissement. Les équipes-écoles peuvent construire une vision concertée (ex : « co-construire une vision de la place du numérique dans l’école »).
-
Les ressources (plateforme CITNUM, modules en ligne, etc) sont accessibles à tout le réseau, ce qui favorise une montée en compétences dans l’ensemble du système.
-
Le RÉCIT encourage l’approche proactive : non seulement lors de l’introduction du numérique mais dans l’évaluation critique des usages, ce qui correspond à un rôle renouvelé de l’école dans un monde numérique.
Ce qui distingue l’approche RÉCIT
Quelques éléments qui font la spécificité de l’approche :
-
Une orientation éthique et citoyenne, pas uniquement technique (usage d’outils) : l’accent est mis sur la réflexion, l’autonomie, la pensée critique.
-
Une visée collaborative et participative : les élèves (et les enseignants) sont invités à construire ensemble des règles, des chartes, à questionner plutôt qu’à simplement appliquer.
-
Une flexibilité et adaptation aux réalités locales : les formations peuvent être modulées selon le niveau scolaire (primaire, secondaire, formation professionnelle), selon les besoins des équipes-écoles.
-
Un lien direct avec les grandes orientations ministérielles (compétence numérique, citoyenneté à l’ère du numérique) ce qui facilite l’intégration institutionnelle.
-
Une approche de « réseau » : le RÉCIT ne travaille pas seul, mais en appui à tout un réseau d’intervenants, de ressources et d’acteurs sur le terrain.
Exemples concrets d’activités ou ressources
-
Sur la plateforme CITNUM : lecture interactive « Clic, clic, danger ! » destinée au 2e cycle du primaire, pour engager la réflexion sur les comportements en ligne.
-
Formation pour co-construire une charte du citoyen numérique au CFP (centre de formation professionnelle).
-
Ressources didactiques sur l’identité numérique et les bonnes pratiques en ligne (ex : partenariat avec TÉLÉ-QUÉBEC) via site du RÉCIT.
Mathieu Michel : pour une « démocratie 2.0 » au service du citoyen numérique



À l’heure où le numérique bouleverse à la fois nos libertés individuelles et nos institutions démocratiques, Mathieu Michel défend une conviction claire : il ne suffit plus de réguler la technologie, il faut lui donner un sens. À travers son engagement politique puis associatif, il plaide pour une « démocratie 2.0 » — un modèle où le digital devient un levier de confiance, d’éthique et de participation citoyenne.
Cet article retrace son parcours, de la Déclaration de Louvain-la-Neuve (2024) à la création de l’ASBL Citoyens Numériques, qui prolonge cette ambition dans la société civile.
Pourquoi parler de « démocratie 2.0 » ?
En tant que secrétaire d’État à la Digitalisation, à la Simplification administrative et à la Protection de la vie privée, Mathieu Michel a été confronté à plusieurs tensions majeures du monde numérique :
-
La toute-puissance des plateformes et des algorithmes, qui influencent nos opinions, nos émotions et notre santé mentale.
-
Le fossé numérique, qui creuse les inégalités d’accès, de compétences et de compréhension.
-
La fragilité de la confiance envers les services digitaux, les institutions et la protection des données personnelles.
Face à cela, la « démocratie 2.0 » vise à replacer le citoyen au cœur de la sphère numérique.
Elle repose sur deux piliers essentiels :
-
Mettre la technologie au service de la participation et de la transparence.
-
Instaurer une gouvernance numérique fondée sur la confiance et la responsabilité des acteurs — publics comme privés.
Une vision stratégique de la citoyenneté à l’ère du numérique
Mathieu Michel articule sa démarche autour de cinq axes complémentaires :
-
Un Internet plus sûr et responsable — lutter contre la surexposition, les contenus nocifs et protéger les mineurs.
-
Une identité numérique équilibrée — concilier anonymat, pseudonymat et responsabilité, notamment par la vérification d’âge.
-
La transparence des données — permettre à chacun de savoir comment ses informations sont utilisées et renforcer les autorités de protection.
-
L’inclusion numérique — former et outiller tous les citoyens afin qu’aucun ne reste au bord du monde digital.
-
L’éthique et la régulation — exiger des standards élevés de transparence algorithmique et de responsabilité des plateformes.
Cette approche ne relève pas d’une simple modernisation administrative, mais d’une philosophie politique : faire du numérique un bien commun.
La Déclaration de Louvain-la-Neuve : un tournant européen
Signée en avril 2024, la Déclaration de Louvain-la-Neuve constitue l’un des jalons majeurs de cette ambition.
Elle énonce que l’espace en ligne doit devenir « plus sûr, plus éthique, plus respectueux des droits fondamentaux ».
Les points clés :
-
Priorité à la protection des jeunes face à la surexposition et aux effets des algorithmes.
-
Application renforcée du Digital Services Act (DSA) pour encadrer les grandes plateformes.
-
Mise en avant d’une identité numérique à trois niveaux : anonyme, pseudonyme vérifiable, ou totalement vérifiée.
La portée du texte :
Cette déclaration fait de la Belgique un acteur moteur dans la réflexion européenne sur la citoyenneté numérique.
Elle relie sécurité, droits et responsabilité — non comme des impératifs techniques, mais comme les bases d’une nouvelle maturité démocratique.
De l’État à la société civile : l’ASBL Citoyens Numériques
Conscient que la démocratie ne se réinvente pas uniquement par décret, Mathieu Michel choisit de prolonger cette dynamique dans la société civile.
Il co-fonde Citoyens Numériques ASBL, un projet d’éducation, de dialogue et d’action collective autour de la citoyenneté numérique.
Objectifs :
-
Placer l’éducation à la citoyenneté numérique au centre de l’attention politique
-
Développer des outils pédagogiques à destination des enseignants et des élèves.
-
Favoriser la participation citoyenne à travers la formation et la sensibilisation.
Cette transition traduit une conviction profonde : la confiance numérique ne se décrète pas, elle se construit dans la rencontre entre institutions, citoyens et éducation.
Concrètement, que signifie une « démocratie 2.0 » ?
-
Le baromètre numérique 2025 : un instrument de mesure de la maturité citoyenne face au numérique.
-
La protection des mineurs : renforcement de la modération et de la responsabilité des plateformes via la Déclaration de Louvain-la-Neuve.
-
L’identité numérique à plusieurs niveaux, pour conjuguer sécurité et respect de la vie privée.
-
Des formations à l’inclusion numérique, afin de réduire la fracture entre connectés et exclus du digital.
-
Une transparence accrue sur les données personnelles, notamment face à l’essor de l’intelligence artificielle générative et des clones vocaux.
Les défis à relever
Cette vision ne va pas sans tensions ni paradoxes :
-
Vie privée vs vérification d’identité : comment concilier sécurité et anonymat ?
-
Inclusion vs exclusion : comment éviter que la régulation n’écarte les publics les moins connectés ?
-
Modération vs liberté d’expression : où placer la limite entre protection et censure ?
-
Cadence technologique vs lenteur législative : comment adapter le droit aux innovations permanentes ?
-
Culture citoyenne numérique : comment former des citoyens capables d’esprit critique dans l’univers algorithmique ?
Ces défis sont autant de chantiers à poursuivre pour que la démocratie 2.0 ne reste pas un idéal, mais devienne une pratique quotidienne.
Un enjeu central pour l’avenir démocratique
Promouvoir une démocratie numérique, c’est :
-
Donner à chaque citoyen les moyens de participer activement, et non de subir les flux numériques.
-
Renforcer la transparence des institutions et des entreprises.
-
Garantir une égalité d’accès et de compétences face au digital.
-
Prévenir les dérives — désinformation, manipulation algorithmique, radicalisation.
-
Réaffirmer les droits fondamentaux dans l’espace virtuel : vie privée, liberté d’expression, éducation et égalité.
Conclusion
Avec sa vision de la « démocratie 2.0 », Mathieu Michel trace les contours d’un numérique plus humain :
un espace où la technologie ne fragilise pas la citoyenneté, mais la renforce.
De la Déclaration de Louvain-la-Neuve à l’ASBL Citoyens Numériques, son parcours illustre la volonté de passer du cadre politique à l’action éducative et participative.
Reste à transformer ces principes en pratiques durables : adoption généralisée de l’identité numérique, inclusion renforcée, et diffusion d’une véritable culture citoyenne du numérique.
Le chemin est long, mais la direction est claire : faire du digital un outil de confiance, d’émancipation et de démocratie.









































